Upside n. 9 : Sauvetages en mer

28 Jul 2020

Alors que la pandémie de COVID-19 continue de se propager sans répit à travers les pays et les continents, le sort des personnes qui tentent de fuir en traversant la Méditerranée a presque été passé sous silence.

Alors que la pandémie de COVID-19 continue de se propager sans répit à travers les pays et les continents, le sort des personnes qui tentent de fuir en traversant la Méditerranée a presque été passé sous silence.

Le 22 juin, après une interruption de trois mois due aux mesures de confinement liées au coronavirus, le navire de sauvetage Ocean Viking, affrêté par l’ONG SOS MÉDITERRANÉE, a finalement pu retourner en Méditerranée centrale.

La reprise des recherches et des opérations de sauvetage en temps de pandémie a exigé des changements de protocole, des mesures de sécurité supplémentaires (telle qu’une mise sous quarantaine de 14 jours de tous les membres d’équipage avant de pouvoir embarquer) et la mise en place d’un plan de gestion de l’épidémie comprenant des cabines d’isolement pour les patients et des zones délimitées pour contenir le brassage de personnes.

Trois jours seulement après avoir quitté le port de Marseille, l’Ocean Viking lance quatre opérations de sauvetage séparées, qui, au bout de cinq jours, permettent de recueillir à bord un total de 181 personnes.

C’est alors le début d’une odyssée épuisante qui plonge hommes, femmes et enfants, ainsi que les membres d’équipage, dans l’incertitude, tandis que l’Italie et Malte refusent tous deux de les accueillir à bon port et ignorent les multiples requêtes du navire.

Il faudra attendre sept jours pour que le navire de recherche et de sauvetage soit autorisé à mouiller dans un port italien.

Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MÉDITERRANÉE, est revenu pour nous sur ces journées difficiles: «À bord, la situation s’est vite détériorée », nous a-t-il expliqué. «Les tensions se sont multipliées et il y a même eu des tentatives de suicide et des menaces à l’encontre de l’équipage. Un grand nombre des personnes à bord étaient plus que désespérées: elles étaient en grande souffrance, mentalement et physiquement. La plupart d’entre elles avaient subi des brûlures de carburant et de graves coups de soleil pendant la traversée en haute mer, sans parler des mauvais traitements endurés en Libye. Nombre d’entre elles nous ont raconté qu’elles avaient essayé de fuir la Libye plusieurs fois avant d’être interceptées par les garde-côtes libyens et remises en détention dans un cercle vicieux sans fin. Elles étaient terrifiées à l’idée que cela puisse se reproduire.»

«À bord, la situation s’est vite détériorée ».

Frédéric Penard, SOS Méditerranée Director of Operations

Le 3 juillet, l’Ocean Viking déclare un état d’urgence en dernier recours pour demander une assistance immédiate. Le jour suivant, une équipe médicale italienne est dépêchée sur place et confirme l’«énorme détresse psychologique qui règne à bord du navire».

«Le dimanche 5 juillet, les autorités sanitaires italiennes ont administré un test COVID-19 aux survivants à bord. Plus tard, le vaisseau a finalement reçu instruction de rejoindre Porto Empedocle, en Sicile, où les survivants ont été transférés sur le ferry de passagers Moby Zaza, amarré au même quai, et sont actuellement soumis à une quarantaine.»

Les membres d’équipage de l’Ocean Viking ont également été placés sous quarantaine.

La voie de migration maritime de la Méditerranée centrale reste la plus dangereuse au monde, d’autant plus dans le contexte actuel, avec un risque accru de naufrages loin des regards de la communauté internationale.

Depuis le début de ses opérations, SOS MÉDITERRANÉE a sauvé 31 799 personnes.

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