Cartier Philanthropy - Se concentrer sur les besoins, pas la peur

Se concentrer sur les besoins, pas la peur

20 Jul 2021

Room to Read avait de grandes ambitions pour 2020, l'année de ses 20 ans ! L’Ong avait pour objectif de soutenir 20 millions d’enfants aux quatre coins du monde. La pandémie a bouleversé ces plans. Le troisième episode de notre série #unexpected.

Si la pandémie de Covid-19 a considérablement affecté la scolarisation de nombreux élèves, elle a néanmoins ouvert la voie à l’innovation, à la réflexion et à la collaboration afin de maintenir l’éducation en temps de crise.

Room to Read est une organisation à but non lucratif qui combat, par l’éducation, l’illettrisme et l’inégalité des genres. Elle est présente dans 20 pays avec 27 entités juridiques et filiales. Cartier Philanthropy soutient ses actions au Bangladesh et au Cambodge par le biais d’une subvention pluriannuelle. L'objectif est de permettre à plus de 4300 filles de terminer leurs études secondaires, d’acquérir les compétences nécessaires pour décider de leur avenir et de se réaliser pleinement.

Room to Read avait de grandes ambitions pour 2020, l'année de ses 20 ans ! L’ONG qui compte 1600 employés avait pour objectif de soutenir 20 millions d’enfants aux quatre coins du monde. La pandémie a bouleversé ces plans.

« La plupart du personnel de Room to Read travaille dans un environnement qui est l’unique repère de stabilité et de sécurité pour la plupart des enfants dont nous nous occupons », explique Geetha Murali, Directrice de Room to Read. « Au début de l’année 2020, en l’espace de quelques semaines, le pilier qui permet à Room to Read de travailler, l’école publique, s’est vue paralysée et son accès restreint aux élèves. »

Alors que de nombreux éducateurs voyaient en l’enseignement en ligne LA solution, Room to Read avait conscience que la plupart des enfants qui bénéficiaient de leur aide n’auraient ni les ressources ni le soutien nécessaire pour étudier de chez eux. Comment le pourraient-ils, alors qu’ils n’en bénéficiaient déjà pas à l’école ?

Comme l’explique Geetha Murali, « Les enfants devaient continuer à étudier, si nous ne voulions pas que toute une génération soit victime de la plus grande crise éducative de l’histoire moderne. Nous devions oser et avons fait appel à l’intelligence collective de notre réseau pour agir. »

L’organisation s’est donc intégralement réorganisée afin de minimiser les risques pouvant affecter l’éducation des enfants. A de nombreuses reprises, elle a fait preuve d’une grande souplesse.

Des partenariats proactifs

Au Sri Lanka, le ministère de l’Éducation se trouvait dans l’incapacité d’imprimer et de distribuer la quantité requise de cahiers d’exercices. Room to Read s’est associé à ce dernier et a fourni environ 665 000 cahiers aux élèves du cycle primaire dans tout le pays.

Innover avec de la technologie «ancienne»

La pandémie a accentué la fracture numérique et a imposé un défi majeur : garantir un apprentissage à distance équitable. Dans certains cas, Room to Read a innové en utilisant des technologies d’hier, choisies pour leur simplicité, comme l’enseignement interactif audio.

Au Bangladesh, Room to Read a travaillé avec la Direction de l’enseignement secondaire et supérieur afin de réaliser des vidéos ensuite diffusées sur la chaîne de télévision nationale pour permettre aux enfants de développer des aptitudes à la vie quotidienne.

Au Rwanda, Room to Read a soutenu le programme national d’apprentissage à distance du Conseil de l’éducation, axé sur la lecture en kinyarwanda. Le programme produisait des leçons diffusées à la radio et les devoirs de lecture étaient envoyés par messages textes.

Recentrage sur des nouvelles données

Les nombreux changements apportés aux activités de Room to Read ont rendu les approches habituelles de mesure et de collecte de données inadaptées. Il a alors fallu créer de nouveaux indicateurs pour les interventions d’éducation d’urgence.

Dans le programme dédié aux filles, par exemple, l’organisation recueille généralement les données qui permettent d’identifier les filles qui risquent d’abandonner l’école— trois jours consécutifs d’absence sont l’un de ces signes. Pendant la pandémie, elle s’est réorientée afin d’identifier les facteurs risque de déscolarisation d’une fille comme la perte du revenu d’un ménage.

Affronter la peur et prendre la parole

Room to Read n’a pas eu le temps d’avoir peur, détaille Geetha Murali « Nous avons dû, dans l’urgence, maintenir l’éducation au premier plan du débat public et ne surtout pas la laisser devenir une note de bas de page du rapport des défis de la santé mondiale. Nous avons dû réorienter toutes les innovations et toutes les ressources pour poursuivre notre mission. Notre succès est intimement lié à celui des enfants des quatre coins du monde auxquels nous permettons de réaliser leur potentiel. »

Partager l’apprentissage et célébrer ensemble les réussites

Geetha Murali a partagé avec d’autres organisations les réflexions, les initiatives et les enseignements que Room to Read a tiré de cette période. Tout cela est compilé dans un essai des plus pertinents intitulé An Atypical Anniversary: Re-engineering Room to Read. Elle y écrit : « On dit souvent que les gens révèlent leur vraie nature en période de stress; les organisations ne font pas exception. Nous avons découvert que l’évolution de Room to Read a fait naître en nous un immense courage et une persévérance admirable. »

Le personnel de l’organisation est bien sûr au cœur de cette démarche et Geetha Murali leur rend hommage : « En tant qu’organisation à fort capital humain, afin d'avoir l’endurance nécessaire pour soutenir notre communauté mondiale, la confiance de nos équipes et leur bien-être ont bien évidemment été primordiaux. J’ai été ravie que l’équipe reçoive un prix spécial de la Bibliothèque du Congrès en réponse à notre réaction face à la pandémie! »

Vous pouvez lire l’essai complet de Geetha Murali dans l’ouvrage Leading Educational Change During a Pandemic: Reflections of Hope and Possibility, édité par Fernando M. Reimers, et disponible en anglais ici. Nos citations sont tirées de l’article que nous ne pouvons que vous recommander.