Cartier Philanthropy - Épargner pour s’inventer à nouveau

Épargner pour s’inventer à nouveau

Nous avons été invités par CARE à assister à une réunion de Rosana, une Association Villageoise d’Épargne et de Crédit (AVEC) à Carrefour, au sud de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

Rosana

Nous sommes 33 dans une petite chambre qui fait à peine quatre mètres par quatre. Quelques rayons de soleil percent à travers la fenêtre. La porte de la chambre est fermée avec un gros verrou.

Au centre : une simple table en bois, sur laquelle a été déposé un coffre bleu clair fermé avec trois cadenas.

Nous avons été invités par CARE à assister à une réunion de Rosana, une Association Villageoise d’Épargne et de Crédit (AVEC) à Carrefour, au sud de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Depuis 2008, CARE a mis en place et soutenu plus de 500 Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit dans 6 communes d’Haïti, regroupant ainsi plus de 14 000 personnes, dont 72% de femmes. 206 groupes ont ainsi été créés à Carrefour.

Ces associations comptent environ trente personnes qui, chaque semaine, mettent leur épargne en commun. Les sommes mises de côté varient de 50 à 250 gourdes (0.90 centimes à 4.50 euro).

Les membres peuvent ensuite emprunter à un taux d’intérêt mensuel fixe convenu par le groupe (il a été fixé à 5% pour ce groupe) sur une durée de 1 à 3 mois. Dans un souci permanent de responsabilisation, les personnes doivent préalablement épargner 10% de la somme qu’elles souhaitent emprunter. Le montant des prêts dépend de la disponibilité des fonds, de la nature de la demande et des capacités individuelles de remboursement.

Au terme d’un cycle, qui dure en général une année, les intérêts sont répartis entre les membres du groupe en fonction de la somme épargnée par chacun.

D’ici à quelques semaines, le groupe Rosana achèvera le deuxième cycle, ce qui signifie que les membres se réunissent et mettent en commun leur épargne depuis presque deux ans. À partir du troisième cycle, CARE les aidera à prendre contact avec une institution de micro-finance (FONCOZE) pour accéder, pour la première fois, à un crédit formel entre 1000 et 1500 euros.

La réunion commence. Tout se passe comme dans une cérémonie religieuse. Une prière ouvre la séance, une autre la fermera. Les membres ont perdu momentanément leurs noms et sont désormais devenus « numéro 1 », « numéro 2 », « numéro 3 »…. Dans une atmosphère grave, la présidente du groupe demande 10 gourdes à chaque participant pour le Fonds de solidarité. Les absents recevront une amende de 7 gourdes. Au terme de la collecte, le trésorier déclame le montant du Fonds: « 1918 gourdes ». Tout le monde répète ce chiffre à haute voix. Cet argent sera utile en cas de maladie, de décès ou de perte des biens.

On continue la réunion et on passe à l’épargne : chaque membre de Rosana verse dans la caisse ce qu’il a pu épargner pendant la semaine qui vient de s’écouler. Le secrétaire note le chiffre sur le livret d’épargne individuel. Le secrétaire et les deux gestionnaires des comptes, qui, avec le président et le trésorier, sont élus chaque année pour constituer le comité de gestion du groupe, supervisent les échanges.

Glacide Valine est la présidente de Rosana depuis 11 mois. Avant de rejoindre le groupe, elle tentait de faire de petites affaires pour survivre, mais il lui était toujours très difficile de s’en sortir.

« Avec les prêts que j’ai pu obtenir, j’ai acheté des sous-vêtements que je revends. J’ai trois enfants et ce commerce me permet de payer leurs uniformes et de les envoyer à l’école sans trop de soucis ».

Glacide Valine, presidente de Rosana.

La réunion se poursuit avec les remboursements. Le « numéro 28 » doit rembourser le prêt qu’il a demandé il y a deux mois. Il s’appelle Jacob Bernise et il est pâtissier. Il a 6 enfants et fait partie de Rosana depuis 11 mois.

« Un jour, le secrétaire est venu me parler du groupe. Il m’a expliqué son fonctionnement et cela m’a tout de suite intéressé. J’ai déjà reçu trois prêts et aujourd’hui, je viens de rembourser le dernier. Avec ce prêt, j’ai acheté de la farine pour faire plus de gâteaux et de bonbons. J’ai maintenant un dépôt où je garde tout mon matériel de cuisine et un four à gaz. » 

Comme le cycle d’épargne s’achève dans quelques semaines, personne ne demande de crédit : il n’aurait pas le temps de le rembourser avant le début du prochain cycle.

La séance se termine, l’atmosphère se détend.

À l’extérieur, nous parlons avec Castor John-Smith. Il a 31 ans et enseigne la physique dans une école de Carrefour. « Ce système est très efficace. Avant les gens n’avaient aucun accès au crédit. Maintenant, oui. L’épargne n’est pas compliquée : chacun est libre d’épargner selon ses capacités et ses nécessités. »

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