Cartier Philanthropy - Au fond de la peur, Ubuntu

Au fond de la peur, Ubuntu

Les conséquences du Covid-19 se sont fait vivement ressentir dans les 10 pays où les 1800 mères mentors employées par mothers2mothers travaillent. La pandémie a néanmoins permis aux équipes de révéler des éléments positifs inattendus.

Dans le pays d’origine de mothers2mothers (m2m), l’Afrique du Sud, il existe une profonde philosophie, « Ubuntu », une expression zouloue qui signifie « Je suis, parce que tu es. »

« Pour moi, cela résume parfaitement la reconnaissance et l’éveil suscités ces 18 derniers mois », explique Emma France, directrice du développement et de l’engagement stratégique de m2m.

mothers2mothers forme et emploie des femmes séropositives afin qu’elles interviennent comme agents de santé de première ligne - des « mères mentors » - dans des communautés sévèrement défavorisées d’Afrique subsaharienne. Ces mères mentors travaillent tant dans des centres de santé qu’en direct avec les habitants des communautés environnantes pour leur offrir des services de santé et une éducation qui peuvent changer la vie des femmes, des enfants, des adolescents, voire de familles entières.

Les conséquences du Covid-19 se sont fait vivement ressentir dans les 10 pays où les 1800 mères mentors travaillent. Les femmes qu’elles aident ont d’ailleurs été parmi les plus brutalement touchées par la pandémie : augmentation de la violence genrée, du nombre d’heures à s’occuper des enfants déscolarisés, des besoins de soins de leur famille alors que les services de santé sont débordés.

« Les ondes de choc sont multiples. Elles sont non seulement dues à la propagation du Covid-19 et à l’ensemble des incertitudes qui vont de pair, mais aussi au fait que notre personnel en première ligne s’est retrouvé à livrer bataille simultanément contre deux pandémies : celle du Covid-19 et celle du VIH/Sida. Ce double combat a compliqué les enjeux, mais a également permis de tirer profit des innombrables enseignements que nous avons cumulés durant plus de 20 ans de lutte contre le VIH/Sida.»

Malgré l’incertitude et la peur, la pandémie a néanmoins permis aux équipes de m2m de révéler des éléments positifs inattendus.

Les mères mentors, par exemple, ont rapidement été reconnues par les gouvernements comme travailleurs essentiels.
« Concrètement, cela signifie que l’on a pu compter sur elles pour continuer à dispenser une éducation et un service de santé essentiels pendant les différents confinements. Une preuve supplémentaire que leur contribution est vitale. Dans certains pays, nos équipes ont même reçu l’autorisation du gouvernement afin qu’elles livrent des médicaments antirétroviraux directement au domicile des patients séropositifs s’assurant ainsi que leur traitement, dont leur vie dépend, ne soit pas interrompu par les mesures de confinements qui restreignaient fortement les déplacements dans les cliniques.»

Le plus inattendu, surtout au vu des circonstances, a été la poursuite de son expansion sur le continent de mothers2mothers.
« Nous nous sommes établis dans deux nouveaux pays (le Ghana et la Tanzanie) et avons continué à innover. Pour la première fois de notre histoire, les mères mentors offrent désormais des services de prévention et de gestion de l’hypertension, du diabète et de maladies non transmissibles. »

L’investissement de mothers2mothers auprès de femmes qui apportent des solutions ancrées dans la réalité locale s’est avéré gagnant.

« Nous ne pourrions être plus fiers de la résilience et de la détermination dont a fait preuve notre personnel sur le terrain. Les mères mentors ont permis de souligner l’inestimable différence qu’apporte un agent de santé communautaire dans la vie de ses pairs, en veillant à ce que tout le monde, sans exception, soit inclus. En tant qu’organisation, nous avons non seulement décelé leur potentiel, mais les avons soutenues pendant 20 ans.

Le fait qu’elles soient aujourd’hui reconnues comme travailleurs essentiels a scellé ce que nous avons toujours su : les agents de santé communautaire formés et actifs sont un élément essentiel qui nous permet de tendre vers une couverture sanitaire universelle. Il est désormais temps de transformer cette reconnaissance en action et de construire un cadre d’agents de santé communautaire résilient et dirigé par des femmes. »