Quatre Idées Fausses Sur La Migration Décryptées

En cette Semaine internationale des réfugiés, SOS Méditerranée nous aide à tordre le cou à certaines opinions erronées sur la migration et les opérations de recherche et de sauvetage

© Candida Lobes / SOS Mediterranée

SOS Méditerranée est une association européenne de recherche et de sauvetage en mer Méditerranée. Elle a été créée en 2015 par des citoyens pour sauver des personnes en détresse. De 2016 à 2018, SOS Méditerranée a affrété et exploité l’Aquarius, un navire de sauvetage et œuvre aujourd’hui sur l’Ocean Viking. Nous soutenons sa filiale suisse depuis 2019.

Nous avons demandé à l’équipe de SOS Méditerranée de nous aider à démystifier certaines des suppositions les plus courantes sur la migration et les opérations de recherche et de sauvetage.

1# LA SOCIÉTÉ CIVILE NE DEVRAIT PAS ÊTRE IMPLIQUÉE DANS LES OPÉRATIONS DE RECHERCHE ET DE SAUVETAGE. CE N’EST PAS SON RÔLE.

En vertu du droit maritime international, l’assistance aux personnes en détresse en mer est un devoir pour tous les pays et tous les capitaines de navires. Ce devoir s’impose non seulement à tout bateau ayant connaissance de personnes en détresse, mais aussi aux États côtiers, qui sont tenus d’utiliser l’ensemble des informations à leur disposition pour soit mener eux-mêmes des opérations de sauvetage, soit déléguer cette obligation à des navires situés près de l’incident.

L’Opération Mare Nostrum, une initiative de recherche et de sauvetage des migrants en mer Méditerranée menée par la marine italienne entre 2013 et 2014, a sauvé plus de 150 000 personnes d’une mort certaine en mer. Sa cessation a eu pour effet qu’une grande partie de la Méditerranée centrale est demeuré sans surveillance, entraînant une augmentation sans précédent du nombre de naufrages. Depuis, la Méditerranée centrale est devenue la route migratoire la plus meurtrière au monde.

En juin 2018, l’Italie et Malte ont refusé au navire que SOS Méditerranée affrétait à l’époque, l’Aquarius, l’accès à un de leurs ports, bloquant à bord pendant des jours plus de 629 survivants. Cet événement a été le premier d’une longue série d’incidents similaires. Des navires transportant des migrants sauvés se voient régulièrement refuser l’amarrage dans les ports les plus proches, générant potentiellement des semaines de négociations jusqu’à ce que les États se mettent enfin d’accord sur leur accueil.

Les cargos commencent donc à ignorer leur devoir de secourir les personnes en détresse, craignant des pertes économiques s’ils devaient être bloqués en mer pendant des semaines.

C’est donc à nous, la société civile, de combler ce vide. C’est un devoir humanitaire que d’empêcher les gens de se noyer.

© Flavio Gasperini / SOS Mediterranée

2# : LES MIGRANTS SECOURUS EN MER PEUVENT ET DOIVENT ÊTRE RENVOYÉS EN LIBYE

Renvoyer les personnes secourues en mer vers la Libye, un pays en conflit continu depuis 2011, est une violation manifeste du droit international maritime, du droit des réfugiés et du droit humanitaire. Les survivants doivent être aidés et conduits vers un « lieu sûr ». Cela signifie concrètement un endroit où leur vie n’est plus menacée et où leurs besoins humains fondamentaux (tels que la nourriture, le logement et les besoins médicaux) peuvent être satisfaits.

Comme l’ont reconnu le Conseil de l’Europe, les Nations Unies et la Commission européenne, la Libye ne peut pas être considérée comme un « lieu sûr ».

Presque tous les migrants secourus par SOS Méditerranée font le récit d’horribles violences, de tortures, d’extorsions, d’arrestations arbitraires, de travaux forcés et de violences sexuelles. Leur corps porte les signes d’une lutte pour leur survie - des récits corroborés par de nombreux témoins et enquêtes. Renvoyer en Libye des personnes ayant besoin d’une protection internationale et ayant survécu à de violations flagrantes des droits humains n’est simplement pas une option.

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© SOS MEDITERRANEE / Claire Juchat

3#: CERTAINS DES BATEAUX SECOURUS NE SONT PAS VRAIMENT EN DÉTRESSE

Selon la loi, que signifie le terme « détresse » ? Une situation de détresse se produit lorsqu’un navire est en danger grave et imminent et nécessite une assistance immédiate.

Plusieurs conditions concourent à définir légalement une « situation de détresse » : une demande d’assistance, par exemple, ou l’état de navigabilité du navire et la probabilité qu’il n’atteigne pas sa destination, qui peut dépendre du ratio entre le nombre de personnes à bord et la taille du bateau ou de la disponibilité des fournitures telles que le carburant, l’eau et la nourriture nécessaires pour atteindre une côte. Un bateau est également considéré comme « en détresse » s’il n’y a pas d’équipage qualifié à bord, pas d’équipement de navigation et de communication approprié ou si les conditions météorologiques et l’état de la mer ne sont pas viables pour la navigation.

Les fragiles bateaux que nous, SOS Méditerranée, secourons - des canots en bois ou en caoutchouc - sont toujours surchargés, mal équipés et peu sûrs. Ils peuvent chavirer ou se dégonfler à tout moment. Nos équipes ont même dû mettre en place une procédure spécifique de « sauvetage collectif » pour s’assurer que les personnes puissent débarquer en toute sécurité.

L’agence des Nations Unies pour les réfugiés a récemment déclaré que le nombre de décès dus à des naufrages l’année dernière est équivalent à celui de 2014, même si, il y a huit ans, près de deux fois plus de personnes traversaient la mer pour rejoindre l’Europe, au pic de l’exode des Syriens forcés de fuir la guerre.

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© Candida Lobes / SOS Mediterranée

4#: LA PRÉSENCE DE NAVIRES DE SAUVETAGE INCITE DAVANTAGE DE PERSONNES À TENTER LA TRAVERSÉE

La théorie selon laquelle les navires de secours constituent un « facteur d’attraction » - encourageant davantage de migrants à tenter la dangereuse traversée en mer et entraînant ainsi davantage de décès tragiquement inutiles - a été réfutée à plusieurs reprises tant par des preuves factuelles que par des études scientifiques. La migration en mer Méditerranéenne est avant tout motivée par le désespoir humain, et non par la volonté de secourir de quiconque. Les gens fuient la Libye parce qu’ils sont exposés à des traitements inhumains et à des violations flagrantes des droits humains, que des navires de sauvetage patrouillent ou non dans les eaux internationales. Certains préfèrent mourir en mer plutôt que de retourner dans ce qu’ils décrivent comme un « enfer vivant ».

Des rapports de l’Université d’Oxford, de l’Université de Londres et de l’Institut universitaire européen de Florence ont démontré l’absence totale de causalité entre les tentatives de traversée et la présence de navires de sauvetage.

Les conditions météorologiques et la situation sécuritaire fluctuante en Libye sont les seuls facteurs qui influencent réellement le nombre de tentatives de traversée.

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© Candida Lobes / SOS Mediterrannée

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© Candida Lobes / SOS Mediterrannée

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© Candida Lobes / SOS Mediterranée

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© Flavio Gasperini / SOS Mediterranée

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© Candida Lobes / SOS Mediterranée

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© Candida Lobes / SOS Mediterrannée

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© Candida Lobes / SOS Mediterrannée

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© Candida Lobes / SOS Mediterranée

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© Flavio Gasperini / SOS Mediterranée

Crédits vidéos © Flavio Gasperini / SOS Mediterranée