20 ans d’une approche transformatrice pour mettre fin à l’extrême pauvreté

Qu’a appris BRAC en 20 ans de mise en œuvre de son système de formation — en anglais « graduation approach »?

© Cartier Philanthropy / Andrea Borgarello

Qu’a appris BRAC en 20 ans de mise en œuvre de son système de formation — en anglais « graduation approach »—, une solution multidimensionnelle et éprouvée permettant aux ultra-pauvres de s’affranchir de leur condition et d’accéder à des moyens de subsistance pérennes ? Comment le modèle a-t-il évolué ? Et que réserve l’avenir pour un déploiement mondial de cette approche ?

Crédit : Gregory Chen, directeur général de BRAC, Ultra-Poor Graduation Initiative

Près de 700 millions de personnes vivent aujourd’hui dans l’extrême pauvreté. Près de 100 millions de personnes supplémentaires ont basculé dans l’extrême pauvreté à la suite de la pandémie de COVID-19, et au vu de la situation, plus d’un demi-milliard de personnes risque de s’installer dans l’extrême pauvreté d’ici la fin de la décennie. Même avant la pandémie, les progrès pour endiguer la pauvreté n’ont progressé que d’un demi-pour cent par année, car la croissance économique ne résout pas tous les aspects. Si nous n’adaptons pas notre approche, des centaines de millions de personnes vivront toujours dans l’extrême pauvreté d’ici 2030, avec un accès limité à la nourriture, aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation ou encore à un revenu stable.

Ce n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Comme l’a déclaré Shameran Abed, directeur général de BRAC International, « L’éradication de la pauvreté n’est certes pas pour demain, mais elle reste possible. Nous devons être la dernière génération sur Terre à connaître l’extrême pauvreté. Les ressources et la recherche sont en place. Il faut désormais convaincre les gouvernements, car le changement est lié à la volonté politique, et cela va demander un plaidoyer efficace et une assistance technique pointue au niveau local, mais c’est tout à fait réalisable. »

BRAC, partenaire de Cartier Philanthropy depuis 2016, s’est fixé ces objectifs : mobiliser les ressources nécessaires, faire avancer la recherche et rassembler tous les gouvernements et les acteurs possibles pour diriger le changement systémique nécessaire à éradiquer l’extrême pauvreté une fois pour toute. Nous voulons y parvenir en déployant à grande échelle une intervention qui a déjà fait ses preuves et a permis aux plus pauvres de s’affranchir de leur condition et d’accéder à un bien-être qui dure dans le temps.

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© Cartier Philanthropy / Andrea Borgarello

Le graduation approach, le programme de formation BRAC, pour « se diplômer » et se sortir de la pauvreté extrême, repose sur une série d’interventions définies dans le temps, intégrées et séquencées qui s’attaquent aux nombreuses causes de l’extrême pauvreté. Ces interventions sont adaptées à l’environnement local et assurent la satisfaction des besoins essentiels des participants au programme. Elles comprennent le transfert des moyens de production pour la génération de revenu, une allocation temporaire pour soutenir la consommation journalière, l’acquisition de compétences en gestion financière, un soutien à l’épargne, ainsi qu’un coaching aux aptitudes de vie et un accompagnement pour encourager les participants à une meilleure inclusion sociale.

BRAC célèbre cette année le 20e anniversaire de son programme de formation. Ce programme a été initié au Bangladesh sur le constat que les programmes de lutte contre la pauvreté n’atteignaient pas les personnes les plus démunies et ne répondaient pas non plus à leurs différents besoins. Aujourd’hui, aux côtés de nos partenaires, et par le biais des gouvernements, nous déployons cette approche à l’échelle mondiale.

Voici trois points clés à retenir de 20 ans de programme :

LES RECHERCHES DÉMONTRENT QUE LE PROGRAMME DE FORMATION DE BRAC PARVIENT À AMÉLIORER LES CONDITIONS DE VIE DES PARTICIPANTS POUR DES ANNÉES APRÈS LA FIN DU PROGRAMME.

Au Bangladesh, le graduation approach, a touché plus de 2,1 millions de ménages et a permis à 95 % des participants de sortir de l’extrême pauvreté. Le programme est l’une des approches de lutte contre la pauvreté les plus étudiées et les plus soutenues ; les recherches démontrent qu’il fournit l’élan nécessaire pour sortir durablement de l’extrême pauvreté, même des années après la fin de l’intervention. Sept ans après le début du programme, pour 93 % des participants les bénéfices sont encore évidents, dont une augmentation de 37 % des revenus, une hausse de 9 % de la consommation, une multiplication par 9 du taux d’épargne et un doublement des moyens de subsistance et de l’accès à la terre comme source de revenus. Malgré les bouleversements causés par le COVID-19, la majorité de participants a pu maintenir des activités génératrices de revenu, 13 ans même après avoir débuté la formation BRAC.

Comme l’a récemment montré Cartier Women’s Initiative, nombre de groupes de recherche ont analysé cette approche. Les économistes Esther Duflo, Abhijit Banerjee et Garima Sharma ont étudié le programme en Bandhan, au Bengale occidental, et ont constaté que dix ans après le début du programme, les participants continuent à noter des améliorations significatives au niveau de leur consommation, de leur sécurité alimentaire, de leurs revenus et de leur santé.

LA FORMATION CONTINUE D’ÉVOLUER ET DE SE PERFECTIONNER

BRAC n’a de cesse de faire évoluer son programme de formation ainsi que d'innover pour qu’il soit plus efficace. Nous sommes actuellement à la cinquième version du programme au Bangladesh et continuons de l’adapter aux différents environnements et communautés. Nous avons également rapidement adapté notre approche pendant la pandémie pour répondre à l’évolution des besoins des participants et nous nous engagons actuellement à renforcer la résilience climatique des personnes plus démunies.

Depuis 2016, Cartier Philanthropy et BRAC collaborent pour mettre en œuvre le système de formation en Ouganda, ainsi que pour l’adapter aux personnes en situation de handicap. Avec le FCDO, la Fondation Medicor, le National Community Lottery Fund, Humanity & Inclusion, et la National Union of Women with Disabilities Uganda, BRAC s'engage à faire évoluer son programme pour qu’il repense l’intégration du handicap au cœur du modèle. En faisant évoluer son approche grâce aux enseignements tirés de la recherche et aux connaissances pratiques acquises par l’expérience, BRAC a pu s’assurer que ses interventions restent efficaces pendant plus de 20 ans.

L’INTERVENTION PEUT TOUCHER DES MILLIONS DE PERSONNES SUPPLÉMENTAIRES EN ÉTANT DÉPLOYÉE MONDIALEMENT.

Le système de formation s’est considérablement développé en dehors du Bangladesh, et de nombreuses organisations et gouvernements ont mis en place des variantes. On estime que le modèle a été implémenté dans près de 50 pays, et que BRAC a directement mis en œuvre ou fourni une assistance technique a 15 de ces pays. Selon l’évaluation de Duflo et Banerjee, projetée sur plusieurs pays, cette approche fonctionne dans des environnements variés.

Néanmoins, pour agir à l’échelle de l’extrême pauvreté, les gouvernements doivent déployer leurs efforts tant au sein qu’en parallèle de leurs programmes sociaux classiques. Les gouvernements consacrent déjà d’énormes ressources financières aux programmes de lutte contre la pauvreté et de transferts monétaires — et ceux-ci doivent se poursuivre—, mais elles doivent être renforcées par des éléments qualitatifs du modèle qui peuvent rendre les investissements pérennes et générer un meilleur retour sur investissement à long terme.

C’est pourquoi, dans le cadre de l’initiative du système de formation BRAC, nous travaillons aux côtés des gouvernements pour étendre l’adoption de l’approche, dans le but d’atteindre 4,6 millions de ménages supplémentaires d’ici 2026. Mais aucune entité, qu’il s’agisse d’une fondation, d’une ONG ou d’un gouvernement, ne peut à elle seule mettre fin à l’extrême pauvreté. Pour faire évoluer les approches, nous avons besoin d’une coalition multipartite. Nous demandons aux acteurs gouvernementaux et multilatéraux, au secteur privé, à la recherche et à la société civile de relever le défi, seuls ou en partenariat avec BRAC, afin de permettre à des millions de personnes supplémentaires de s’affranchir de la pauvreté.

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